Archives

Archivage

" …le débordement des souvenirs posés sur des souvenirs, comme des draps pliés dans une armoire, posés les uns sur les autres. "
Claude ROY, La fleur du temps

"Un texte sur la texture de ce textile singulier...
Archives... On songe papier et non tissu. Pli du drap ou de la nappe, d'une rectitude d'autrefois, mais aussi pli de l'origami, pli inventif du papier-oiseau. La mémoire de ces archives est-elle de laine duveteuse et confortable, et consolante, ou de la soie d'un papier chinois et délicat? Et quelle mémoire est-ce là, lovée au creux des alvéoles en expansion que le temps et Danièle accumulent patiemment? Mémoire de papier, friable comme le souvenir d'une faute savoureuse. Mémoire de feutre, rugueuse et rancunière ou mémoire de tulle insaisissable comme un rêve.
Archives... A quel futur archéologue sont-elles destinées?"
Dany Bouché

La séduction esthétique pour des documents et objets anciens conservés aux Archives est très forte :

  • Superposition des tranches abîmées par l’érosion du temps.
  • Couleurs qui s’effritent et disparaissent pli après pli.
  • Fibres qui soutiennent tout juste ce qui reste d‘encre.
  • Liens, ficelles et rubans qui protègent et enferment une mémoire sibylline.
  • Liasses s’enroulant sur elles-mêmes comme des vermines dans de vieux livres.
  • Lettres et chiffres qui scandent un classement comme un alphabet muet.

Feuilletage

" …commentaires parmi les nœuds … phrases parmi les ficelles … "
Michel BUTOR, L’humus inscrit

Nous laissons tant de traces ! ... Tout est archives, accumulation de trouvailles, superposition de matières, aplatissement des sédiments du temps. Laisser une trace, laisser des traces, tout garder !

Du filage à l’accrochage en passant par l’ourdissage tout se trame. Que de liens entre des gestes simples et la construction d’une vie.
Les archives premières ne sont-elles pas celles des armoires où la rigueur d’empilement des draps et des serviettes rappelle l’organisation des Archives ? Et le plaisir de la ménagère devant son armoire aux piles impeccables n’est-il pas celui d’une gardienne des mémoires et de l’histoire, celles des corps et de leurs liens familiaux ?
Raconter nos histoires, piocher dans ces mémoires, chercher la transparence qui révèle les souvenirs dans les paquets de lettres, les plans et les cartes pliées, les vêtements froissés. Livrer et délivrer des trésors enfermés, enchâssés dans les plis des dossiers et les couches déposées.